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Les bulletins loup N° 26 et 27 viennennt de paraitre : http://nature-biodiversite.forumculture.net/t69-bulletin-loup-oncfs-mars-1998-a-septembre-2012 pourles lire "sans problème" les enregistrer puis les ouvrir sous Adobe reader X

Le retour du loup dans le Vercors

La disparition officielle du loup en France date de l’année 1937 où « le dernier loup » fut abattu dans le Limousin. Plus précisément, le loup a été présumé éteint en temps que «population reproductrice» entre 1930 et 1939. Un loup aurait tué dans le Vercors en 1942. En 1954, selon des témoignages recueillis par «Terre Sauvage» ; le dernier loup «made in France» est tué en Isère dans le prolongement du Vercors. Ce qui invalide la mort du dernier loup du Limousin et de France toujours, tué lui, en 1949. Et ainsi de suite : il y a toujours un « dernier loup » quelque part. Plus récemment, Nice matin montre en 1982 une photo de chasseurs posant devant la dépouille d’un loup tué qu’ils ont tué.
 
 

 
Retour officiel du loup 1992 dans le parc du Mercantour
 
2 individus ont été aperçus en 1992. En 2002, l’effectif moyen était d’environ 30 individus pour passer à environ 70 loups fin 2005. Suivant les données de l’ONCFS - Les effectifs minimums résidants (EMR) dans les ZPP passent donc de 41-50 loups détectés en hiver 2004/2005 à 56-67 individus durant le dernier hiver. Pour ma part je pense que nous devons être plus près de la centaine de loups reparti dans l’arc alpin. Certains commencent à aller se promener du côté des Cévennes.
 
Plateau d'Ambel : La Tête de la Dame

Eté 1996, quelque chose dans l'air..
Donc dans le Vercors après 1942, plus de loup ! Puis arriva l’été 1996. Les gardes de la réserve des hauts plateaux - le parc venait tout juste d’avoir 25 ans - sentaient bien une modification. Quelque chose dans l'air, mais quoi ?
Les hardes d’ongulés comportent moins d’individus, mais la population totale ne semble pas affectée. Des troupeaux, au pied du grand Veymont - plus précisément celui de la grande cabane située a 1563 m d’altitude - subit régulièrement des attaques et parfois plusieurs dans la même semaine. Des chiens errants pensaient-ils, mais la présence du loup était connue dans le Mercantour depuis 1992. Des loups dans le Vercors ? 4 ans après son retour dans le Mercantour? Impossible ! Les gardes pensent donc à des attaques de lynx et sollicitent l’appui des gardes de l’ONC.  Les résultats de la surveillance renforcée, jusqu'à l’arrivée de l’hiver ne sont pas probants.
L’été suivant voit de nouvelles attaques du côté du Grand Veymont, entre Pré Râteau et le pas des Bachassons, mais aussi sur le secteur de la Jasse du Play un peu plus au nord. Plusieurs carcasses d’ongulés sauvages sont découvertes. Aussitôt la recherche de traces et d’indices s’intensifie. La pose de pièges photographiques ne donne pas de grands résultats. Cela permet juste aux gardes de constater que des chiens de la vallée de la Vernaison font des incursions assez fréquentes sur les hauts plateaux en 1997.
La transformation du biotope des hauts plateaux, devint plus sensible à partir de l’automne. Jean Paul Vieron employé à cette époque par l’ONC, interviewé par le magasine « Epines drômoises » indiquait : « On percevait ces éléments mais on ne les reliait à rien de précis ni de révélateur de quoi que ce soit ; après tout, il est normal que les choses bougent et que les observations évoluent d’une année sur l’autre. » Et puis un garde de l’ONC et un agent de la DDAF, fin septembre au dessus de Tiolache à l'écart des grands sentiers, au creux d'une clairière perdue sur les Hauts Plateaux du Vercors, ramassèrent une crotte. Ils l’envoyèrent au labo de Grenoble pour une analyse génétique. Deux mois plus tard le résultat tombait : c’était bien une crotte de Canis lupus, un loup ! Après plus demi-siècle d’absence, messire loup revenait sur son territoire.
Alors le travail commença à s’organiser. Ainsi depuis l’été le parc du Vercors réalise sur le territoire de la Réserve des Hauts Plateaux un suivi des attaques des troupeaux transhumants et de la faune sauvage. Ce suivi a été mis en place en été 1996 durant les périodes estivales et hivernales (14 parcours doivent être suivis simultanément, et cela plusieurs fois par hiver) après des plaintes relatives à des attaques, exprimées par les éleveurs et les bergers et en raison du contexte créé par l'arrivée en 1992 du loup dans le Mercantour.
Et pour la première fois cela est retranscris dans Quoi de neuf ? Bulletin d'information du réseau loup  n°2  du 2 septembre 1998. La réunion pour la formation des correspondants cette année là eu lieu dans la Drôme.  Une seule phrase pour compte rendu : « Vercors (38) : quelques constats et collecte d’un excrément qui s’est avéré être du loup (analyse génétique) ».
Les services du Parc réalisent le suivi en collaboration avec le réseau lynx, le réseau LIFE loup, les services de la garderie de l'ONC, l'ONF, la DDAF, la gendarmerie. Il nécessite aussi la motivation des éleveurs et des bergers. Les actions comprennent un recueil d'informations auprès des bergers, l'établissement de constats de dommages lors d'une attaque, la recherche sur le terrain d’indices de présence. Ces prérogatives sont menées par la garderie de la Réserve Naturelle secondée par des stagiaires de l'Université de Grenoble et de Chambéry.
Le recueil des ces éléments a permis entre autre au parc d’éditer le 14 février 2006 le document suivant : Le retour du loup et la protection des troupeaux dans le territoire du Parc. On peut citer pour exemple les parcours hivernaux par temps de neige, les analyses génétiques généralisées ce qui permettra de 1998 à 2001 d’identifier 6 loups différents sur les hauts plateaux, un femelle signifiera sa présence pendant 4 années de suite sans aucun indice de reproduction.
Prédation Vercors Depuis de nouvelles attaques de troupeaux sur le Vercors Ouest (Lente, Ambel), vers le Vercors sud (Mont Aiguille, vallée de Combeau), vers le nord (Autran, Lans en Vercors et dernièrement jusqu'à Rancurel) témoignent d’une certaine vitalité des meutes et de l’extension de l’activité des loups présents qui suivant les derniers bulletins loup de l’ONCFS se seraient (?) reproduits. Ces renseignements auraient été obtenus par la pratique de séances de hurlements provoqués pour l’année 2005. En 2006 suivant le Quoi de neuf ? Bulletin d'information du réseau loup N° 16 : Dans la Drôme, aucun contact n’a pu être établi sur la partie ouest du Vercors. En revanche, sur les Hauts Plateaux, la présence des loups a été confirmée mais sans pouvoir détecter une reproduction éventuelle malgré un important investissement de terrain consenti par le PNR du Vercors et la Réserve Naturelle des Hauts Plateaux.
Les renseignements émanant de la base de données du Parc Régional du Vercors confirmeraient cette hypothèse. En 2003, l’estimation de la population de loups sur l’ensemble du territoire du Vercors serait de 4 à 5 individus en deux meutes pouvant se regrouper (communication préfectorale 26-38).
En 2004, confirmation de l’extrême mobilité des jeunes loups en phase de dispersion, suite au suivi en Italie d’un jeune loup équipé d’un collier GPS/GSM récupéré par le Gouvernement provincial de Parme après percussion par un véhicule. Celui-ci a parcouru 20 à 40 kms par jour, traversant à plusieurs reprises routes et autoroutes mais aussi les aires vitales d’autres meutes de loups.
En 2005, confirmation génétique de 2 zones de présence permanente (ZPP) du loup en Vercors, l’une à l’Est à cheval sur Isère et Drôme, sur les Hauts-Plateaux, avec 3 à 4 individus au minimum, et l’autre plus à l’ouest en Drôme avec 2 à 3 individus au minimum. L’application du protocole « hurlements provoqués » en période estivale a permis de détecter la présence de jeunes, donc de reproduction dans le Vercors.
Mais tout le monde n’est pas de cet avis. Jean-Marie Ouary membre de l’association Mille-traces (basée à Saint Agnan en Vercors) nous livre ici son Avis : A la question : « Que peut-on projeter pour l’avenir ? », celui-ci répond : « S’il n’y a pas de nouveaux actes de braconnage, on peut prévoir l’installation de la meute puisqu’elle se reproduit. Le jeune est dans une situation difficile, mais s’il passe l’hiver et si les 4 loups sont présents au printemps on pourra vraiment avancer que la meute s’est installée, qu’elle a pris possession de tout le territoire entre Font-d’Urle, Ambel, même les monts du matin (qui sont au nord est de la Drôme) plus tout le haut plateau habité, La Chapelle en Vercors et Villard de Lans, sans oublier les hauts plateaux de la réserve et ses contreforts. »
C’est vrai qu’il ne faut pas oublier le tir mortel, d’une jeune louve de  18 mois au Pas de l’Infernet du côté de Font-d’Urle, le 21 octobre 2004. La première victime du nouveau plan mis en place par le Ministère. Que deviendra la meute après la disparition brutale d’un de ses membres ? C’était la question que l’on pouvait se poser à l’époque.
Une autre autorisation de tir, pour le lieu dit « les Gagères », sensée protéger le troupeau d’une de nos vieilles connaissances « le berger au bâton des crocs de la colère »,  avait été donnée par la préfecture de la Drôme en date du 17 août 2005, cette autorisation a été levée le 19 septembre de la même année par décision du tribunal de Grenoble, sans que le tir ait pu être effectué. Lors de la réunion du comité départemental loup, le 17 novembre 2005 la FRAPNA Drôme, le CORA et d’autres naturalistes ont été mis  en cause pour « la manifestation de leur présence sur les lieux pour observation de la situation sur le terrain et ainsi d’avoir empêché le tir pendant une semaine ».
Un loup a été photographié mort, percuté par une voiture, mais son cadavre n’a pas été retrouvé, cela se passait près de Chaud Clapier. Voir l’article: Vercors - le cadavre d’un loup qui disparaît….dans : Quoi de neuf ? Bulletin d'information du réseau loup n°15)
Cette transition va nous permettre de pouvoir visualiser à l’aide de tableaux, toujours fournis par la base de données du Parc régional du Vercors, l’évolution du nombre de victimes de prédateurs sur le territoire du Vercors depuis 1997, la première année qui a vu la reconnaissance de la présence de Canis Lupus, sur ce merveilleux territoire qu’est le Vercors.
Pour faire un parallèle avec le nombre de loups répertorié sur le territoire français on peut citer Jean David Abel responsable de la mission loup de France Nature Environnement qui indique que de 1993 à 2003, 108  individus (génotypes) différents ont été identifiés sur l’ensemble du territoire alpin, avec au plus  35 individus différents détectés dans une année (2001). Ce qui veut dire que les loups passent, qu’ils ne s’installent pas forcément, qu’ils retournent en Italie, vont vers de nouveaux territoires de colonisation en France, ou meurent  soit de mort naturelle, soit par collision, soit par braconnage (empoisonnement, tir).
Depuis 1992 et sur ces 108 individus, on a pu ainsi dénombrer 16 loups morts, tous par cause anthropique. Et ceci ne comptabilise bien sûr pas la totalité des loups tués notamment par empoisonnement.
Cette analyse peut donc être rapportée au Vercors, pour comprendre l’évolution de la population lupine de cette région. Et nous amène à nous poser naturellement la question : Le Vercors sera-t-il le tremplin pour la colonisation du massif Central ? Car il faut savoir que les premiers contreforts du massif cévenol ne sont qu’a 50 km a vol d’oiseau.